3 questions, 3 réponses avec Anja Nunyola Glover
22.05.2026
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« Ce n'est pas une question de perfection, mais de mouvement. »
Le racisme à l’école ne se manifeste pas seulement par des incidents isolés ou des conflits dans la cour de récréation. C’est une question de structures, de préjugés et de responsabilité. Anja Nunyola Glover, sociologue, auteure et experte en racisme, nous explique pourquoi les écoles doivent se remettre en question sur ce sujet. Mais aussi pourquoi une prétendue neutralité peut être problématique et quelle doit être la première étape dans la prévention du racisme.
Dans le contexte scolaire, le racisme est encore souvent traité comme un cas isolé : un incident, un malentendu, un conflit entre enfants. Qu’est-ce qui change dans la pratique lorsque les écoles ne traitent pas le racisme uniquement comme un cas isolé ou un sujet de conflit, mais comme une question de développement de l’école, d’attitude et de responsabilité de toutes les parties prenantes ?
Lorsque le racisme n’est plus considéré comme un « incident », mais comme une partie intégrante de la réalité sociale, la responsabilité se déplace. Il ne s’agit alors plus de résoudre des situations isolées, mais de remettre en question les structures. Concrètement, cela signifie que la question n’est plus seulement de savoir qui a dit ou fait quoi, mais aussi pourquoi cela a-t-il pu se produire – et quelle est la part de responsabilité de l’école dans ce phénomène ?
Cela change beaucoup de choses. Tout à coup, le matériel pédagogique, les contenus d’enseignement, les systèmes d’évaluation et même les pratiques disciplinaires font partie du débat. Il s’agit de perspectives : qui est mis en avant ? Qui ne l’est pas ? Quelles expériences sont considérées comme « normales » ? Et cela change les mentalités. Les enseignant.e.s n’ont plus besoin d’être parfait.e.s, mais ils/elles assument la responsabilité de leur influence. Les écoles commencent à se considérer elles-mêmes comme des institutions. C’est plus exigeant que de traiter des cas individuels. Mais c’est aussi la seule voie qui permet de changer les choses à long terme.
Où voyez-vous les plus grands défis structurels dans les écoles ? Par exemple, plutôt dans l’enseignement et les matériels pédagogiques, dans l’attitude des enseignant.e.s, dans la manière dont l’institution « école » aborde le sujet, ou ailleurs encore ?
Ce n’est pas l’un ou l’autre. La difficulté, qui est souvent négligée, réside précisément dans le fait que tout est lié. Un point central à cet égard est la notion de neutralité. L’école se considère souvent comme un lieu neutre – et oublie ainsi qu’elle reproduit les inégalités sociales. Cette « neutralité » empêche même de reconnaître le racisme.
Un autre point concerne les matériels pédagogiques et les contenus. Le savoir n’est jamais neutre. Qui écrit les livres ? Quelles histoires sont racontées ? Quelles perspectives font défaut ? Cela façonne la manière dont les enfants comprennent le monde – et s’y situent eux-mêmes. Parallèlement, je constate une grande incertitude chez les enseignant.e.s. Beaucoup veulent « bien faire », mais ont peu de marge de manœuvre pour réfléchir à leur propre position. On en reste alors souvent à des mesures ponctuelles bien intentionnées. Et enfin, l’institution elle-même. Comment les plaintes sont-elles traitées ? Qui est pris au sérieux ? Quelles voix sont jugées crédibles ? Ce sont là des questions structurelles – et c’est précisément là que le silence s’installe souvent.
Vous avez évoqué la différence entre « avoir de bonnes intentions » et agir réellement de manière antiraciste. Selon vous, quelle serait une première étape réaliste pour les écoles ou les enseignant.e.s, sans tomber dans la défensive, le surmenage ou la politique symbolique ?
La première étape n’est ni un concept, ni un projet, ni une journée d’action. La première étape consiste à reconnaître que le racisme fait partie de sa propre réalité – même lorsqu’on ne le voit pas.
Cela semble simple, mais c’est la partie la plus difficile. Car cela signifie ne pas se considérer soi-même et sa propre institution comme ayant simplement de « bonnes intentions ».
Une première approche concrète peut être la suivante : créer des espaces où les expériences sont prises au sérieux – sans chercher à les relativiser ou à les expliquer immédiatement. Écouter sans réagir immédiatement.
Et parallèlement : réfléchir à sa propre position. Quelles perspectives est-ce que j’apporte ? Qu’est-ce que j’ai appris – et qu’est-ce que je n’ai pas appris ? Ce travail est inconfortable, mais nécessaire.
Ce qui importe, c’est que ce n'est pas une question de perfection, mais de mouvement. En d’autres termes : le changement ne se produit pas en essayant de laisser les choses telles qu’elles sont – mais en étant prêt à évoluer.
